Retrouvez la synthèse des communications majeures du GI Cancers Symposium 2012
sous forme de brèves et diaporamas téléchargeables.
Les études avec le Cetuximab ont déjà montré que la sévérité de la toxicité cutanée (TC) est corrélée à la réponse thérapeutique.
Ces deux études, dont les résultats sont déjà connus (JY. Douillard JCO 2010 et M. Peeters JCO 2010), testent les combinaisons Folfox +/- Panitumumab (Pmab) en 1ère ligne et Folfiri +/- Pmab en 2ème ligne. On se souvient que les deux études étaient positives en termes de survie sans progression et pas en survie globale.
L'objet de la présentation actuelle de ces deux études est d'une part la recherche d'une corrélation entre la sévérité de la toxicité cutanée et l'efficacité thérapeutique pour l'étude de 1ère ligne, et d'autre part l'actualisation planifiées des résultats à 30 mois pour la 2ème. Des données de toxicité cutanée et de réponse étaient également disponibles pour cette 2ème étude.
Sans surprise, les deux études confirment l'existence d'un lien étroit entre l'intensité de la toxicité cutanée et l'efficacité du Pmab. Dans les deux études, la survie globale est même significativement plus longue chez les patients présentant une toxicité cutanée grade 2-4 par rapport aux patients des groupes chimiothérapie seule (27,7 mois vs 19,7 mois ; HR: 0,75 IC95 [0,61-0,92] p = 0,006 pour l'étude de 1ère ligne et 16,6 mois vs 12,7 mois HR : 0,80 IC95 [0,66-0,97] p = 0,025 mois pour celle de 2ème ligne).
On peut même observer que les taux de survie chez les patients des bras chimiothérapie-Pmab avec une toxicité cutanée de grade 0-1 sont moins bons que ceux des bras chimiothérapie seule.
(D'après les posters de J.Y Douillard, ASCO GI 2012, abstract #531 et A. Sobrero, ASCO GI 2012, abstract #387)
Docteur Abakar Mahamat (Centre Hospitalier Universitaire, Nice)
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Folfox +/- Pmab |
||
Folfox-Pmab TC G2-4 |
Folfox-Pmab TC G0-1 |
Folfox seul |
|
SSP (mois) |
11,3 |
6,1 |
8,7 |
SG (mois) |
27,7 |
11,5 |
19,7 |
|
Folfiri +/- Pmab |
||
Folfir-Pmab TC G2-4 |
Folfiri-Pmab TC G0-1 |
Folfiri seul |
|
SSP (mois) |
7,4 |
4 |
5,1 |
SG (mois) |
16,6 |
8,4 |
12,7 |
Il est bien connu que les cellules tumorales circulantes (CTC) ont une valeur pronostique en cas de cancer colorectal (CCR) métastatique. L'impact pronostique des CTC en situation non métastatique n'est pas très clair.
Les auteurs ont inclus prospectivement 279 patients atteints de CCR non métastatique et ne présentant aucun autre cancer. Chez ces patients, il est effectué avant la chirurgie un prélèvement de 4 tubes de sang périphérique de 7,5 ml chacun pour la recherche de CTC (technique CellSearch). Ils ont constitué un groupe contrôle de sujets non atteints de CCR qui avaient une coloscopie normale.
La présence d'une ou plusieurs CTC constitue un facteur défavorable et à l'inverse, les patients n'ayant aucune CTC représentent un groupe de facteur favorable.
Il a été détecté des CTC chez 41 patients (23%) et 9 personnes du groupe contrôle (15%). Après un suivi médian de 41 mois, 44 patients (24%) présentent une récidive responsable de 38 décès pendant cette période. La présence de CTC est corrélée au risque de rechute (p = 0,006). Les patients du groupe défavorable comparés à ceux du groupe favorable ont des survies à 3 ans significativement plus courtes : DFS de 57% vs 78% p = 0,018 et SG de 70% vs 88% p = 0,003. En analyse multi variée, en particulier en intégrant les stades de Dukes (TNM), la présence de CTC est un facteur indépendant de mauvais pronostic pour la survie globale (p = 0,024) mais pas pour la rechute (p = 0,107).
Résultats intéressants mais nécessitant une validation de la technique d'isolement des CTC et la confirmation (ou non) de cette corrélation pronostique. Des études sont en cours en France aussi bien en situation métastatique que non métastatique.
(D'après le poster de L. Scholten, ASCO GI 2012, abstract #395)
Docteur Abakar Mahamat (Centre Hospitalier Universitaire, Nice)

L'intérêt de l'ACE au cours du CCR non métastatique est très débattu.
Cette équipe suisse s'est posée la question de l'impact pronostique sur la survie du taux sérique de l'ACE en pré opératoire dans le CCR non métastatique. Elle rapporte les résultats de cette étude mono centrique qui a inclus 504 patients entre 1991 et 2008. La limite du taux de l'ACE est fixée à 5ng/ml (normal <5ng/ml). L'impact pronostique a été ajusté sur plusieurs paramètres qui sont: l'âge, le sexe, l'index de masse corporelle, le score ASA, le stade TNM, les traitements complémentaires et la distance qui sépare la tumeur de la marge anale.
Le taux sérique de l'ACE était élevé chez 22,4% des patients. La survie globale à 5 ans chez ces patients avec un taux d'ACE élevée était de 46,7% contre 81% chez les patients ayant un ACE normal. En analyse multi variée, le taux sérique d'ACE pré opératoire restait un facteur pronostique indépendant (HR : 1,98 IC95 [1,98-2,84] p <0,001).
(D'après le poster de U. Guller, ASCO GI 2012, abstract #403)
Docteur Abakar Mahamat (Centre Hospitalier Universitaire, Nice)
Une des indications actuelles du Pet-scan dans le domaine des CCR est la détection des métastases occultes.
Cette étude a analysé de manière rétrospective les données de 88 patients opérés d'un CCR non métastatique et chez qui le taux sérique de l'ACE a augmenté alors que l'imagerie conventionnelle (TDM et/ou IRM) est négative en termes de détection d'une récidive.
La limite du taux de l'ACE était à 3ng/ml pour les non fumeurs et 5ng/ml pour les fumeurs. Tous ces patients avaient été opérés du primitif au moins un an avant l'élévation de l'ACE.
Le Pet-scan a permis de déceler une authentique récidive chez 56 des 88 patients (64%).
La sensibilité de cet examen dans cette situation à détecter des métastases est de 88% et sa spécificité est aussi de 88%. Les valeurs prédictives positives et négatives sont également bonnes car respectivement de 93% et 80%. Un peu plus de 50% des patients dont la récidive a été diagnostiquée par le Pet-scan ont pu avoir une chirurgie avec intention curative.
Cette étude conforte cette indication du Pet-scan en cas d'élévation isolée de l'ACE.
(D'après le poster de K. Aitken, ASCO GI 2012, abstract #400)
Docteur Abakar Mahamat (Centre Hospitalier Universitaire, Nice)
La définition des outils de surveillance après chirurgie d'un CCR de stade II-III est un sujet très débattu. Il n'est pas clairement démontré qu'une surveillance intensive (TDM + ACE) améliore le pronostic par rapport à une surveillance peu intensive (Rx thorax et échographie abdominale sans ACE). Prodige 13, l'essai en en cours de la FFCD, nous apportera peut être la réponse.
L'étude présentée ici a inclus 117 patients opérés d'un CCR avec un recul d'au moins 3 ans.
Il était proposé à ces patients une surveillance intensive :
Quarante quatre patients ont présenté une récidive dont le 1er signe était le scanner ou l'ACE dans 68% des cas (30 patients). Parmi les 30 patients, l'ACE était normal chez 20. Une chirurgie à visée curative a été effectuée chez 25 patients (57%).
La survie a été significativement améliorée par la surveillance intensive (p = 0,0003 pour la survie globale et 0,0321 pour la survie sans récidive).
Ces résultats sont encourageants et méritent une confirmation.
(D'après le poster de A. Fora, ASCO GI 2012, abstract #405)
Docteur Abakar Mahamat (Centre Hospitalier Universitaire, Nice)
L'étude ACCORD 12 posait la question de l'intensification du traitement. A la fois de la chimiothérapie (rajout de l'Oxaliplatine à la Capécitabine) et de la radiothérapie (augmentation de 45 à 50Gy). Elle comparait donc deux bras (Capécitabine-45Gy vs Xelox-50Gy). Les résultats sont publiés (JP. Gérard JCO 2010) et sont négatifs sur l'objectif principal qui est le taux de réponse complète pathologique sur la pièce opératoire.
Après 3 ans de suivi, il n'y a toujours pas de différence significative entre les 2 bras pour la survie sans récidive, le taux de récidive locale, la survie globale ou les toxicités sévères survenant à distance du traitement. Il n'y a pas non plus de différence de qualité de vie pour la fonction sphinctérienne, ses conséquences sur la vie sociale et l'impuissance chez les hommes.
Les résultats négatifs pour la survie globale ne sont pas étonnants car presque toutes les études sont négatives. L'absence de différence en termes de survie sans récidive locale peut en partie être expliquée par le délai de suivi trop court (3 ans).
Malgré tout, le schéma Capécitabine-Radiothérapie à 50 Gy (CAP50) peut être considéré comme la référence.
(D'après le poster de JP. Gérard, ASCO GI 2012, abstract #389)
Docteur Abakar Mahamat (Centre Hospitalier Universitaire, Nice)
La succession d'études négatives (irinotecan, cetuximab, bevacizumab) dans le cancer du côlon adjuvant ne doit pas nous démoraliser. En effet, ces “échecs” nous imposent de comprendre les raisons pour lesquelles des médicaments prometteurs n'ont pas permis d'améliorer le pronostic des patients atteints de cancer du côlon de stade II ou III.
Tout d'abord, il est désormais établit que les situations métastatiques et adjuvantes sont différentes. Le comportement et la sensibilité aux traitements d'une maladie micrométastatique diffèrent de la maladie macrométastatique. Sous-entendu, nous n'avons plus besoin de données d'efficacité en situation métastatique pour lancer un essai adjuvant.
D'autre part, l'amplitude du bénéfice attendu d'un médicament n'est pas corrélée au stade de la maladie.
Enfin, une connaissance plus précise de la maladie et du mécanisme d'action des médicaments permettront de réaliser des essais dans des populations ultra-sélectionnées.
(D'après le poster de A. Sobrero, ASCO GI 2012, abstract #387)
Docteur Benoist Chibaudel (Hôpital Saint-Antoine, Paris)
Une analyse poolée et rétrospective de 2 études de 1ère ligne thérapeutique (CRYSTAL: FOLFIRI+/-cetuximab (phase III) et OPUS: FOLFOX+/-cetuximab (phase II)) avait montré que les patients porteurs d'une mutation KRAS de type G13D pourraient garder une sensibilité aux anti-EGFR, suggérant ainsi que toutes les mutations KRAS n'étaient pas égales. (Tejpar S et al, ASCO 2011)
Ici, les auteurs réalisent le même type d'analyse à partir des données individuelles de 3 études de phase III comportant panitumumab (Pmab).
Etude |
Ligne |
Chimio |
N |
KRAS m (%) |
203 |
1ère |
FOLFOX |
1096 |
40 |
181 |
2ème |
FOLFIRI |
1083 |
45 |
408 |
3ème |
- |
427 |
43 |
Les 7 mutations les plus fréquentes retrouvées sur les codons 12 et 13 ont été évaluées (G12A, C, D, R, S, V et G13D) (Qiagen).
La fréquence des mutations KRAS sur les codons 12 et 13 étaient similaires dans les 3 études, et les caractéristiques des patients étaient similaires entre les bras de traitement (Pmab versus pas de Pmab)
Sur l'ensemble de la population, aucune mutation KRAS n'avait de valeur pronostique et/ou prédictive d'efficacité du panitumumab.
L'analyse isolée de l'étude de première ligne avec l'oxaliplatine (203) retrouve une valeur prédictive négative de la mutation G13D (patients résistants au Pmab). Le sens de la prédictivité a tendance à s'inverser dans l'étude de 2ème ligne avec l'irinotecan (181).
Ces résultats contredisent donc les résultats antérieurs retrouvés avec le cetuximab.
Pour quelles raisons obtient-on de tels résultats contradictoires. On peut avancer les hypothèses suivantes:
Conclusion: pas d'anti EGFR chez les KRAS mutés, quelle que soit la mutation... Et surtout, méfions-nous des analyses de sous-groupe!!!
(D'après le poster de M. Peeters, ASCO GI 2012, abstract #383)
Docteur Benoist Chibaudel (Hôpital Saint-Antoine, Paris)
Cette étude de phase II évaluait l'efficacité (réponse, PFS) et la tolérance de EZN-2208, SN-38 hydrosoluble pégylé, chez des patients atteints de cancer colorectal métastatique en échec thérapeutique après les traitements standards.
Les avantages de cette drogue par rapport à l'irinotecan sont un temps d'exposition et une ½ vie plus longs, des lésions ADN plus importantes et un effet antiangiogénique plus marqué.
Le PEP02, drogue similaire (irinotecan encapsulé et pégylé) est aussi en cours d'investigation dans le MCRC.
Le EZN-2208 s'administre de manière hebdomadaire par voie IV à la dose 9 mg/m2 (3 semaines /4).
|
Bras A |
Bras B |
Bras C |
KRAS |
Muté |
Sauvage |
Sauvage |
Traitement |
EZN-2208 |
EZN-2208+cetuximab |
Irinotecan+cetuximab |
N |
93 |
80 |
38 |
RR (%) |
0 |
12.3 |
11.4 |
PFS (mois) |
1.8 |
3.7 |
3.0 |
OS (mois) |
|
9.6 |
8.6 |
On n'observait aucune réponse objective chez les patients KRAS mutés en monothérapie après échec des traitements standards.
Les résultats d'efficacité obtenus avec la combinaison sont similaires aux résultats de la combinaison cetuximab-irinotecan.
Le taux de neutropénie grade 3/4 était 2 fois plus important (34% vs 16%) dans le bras EZN-2208 qu'avec l'irinotecan. Le taux de diarrhée de grade 3/4 était en revanche similaire, de l'ordre de 20%.
En conclusion, les avantages “théoriques” de l'EZN-2208 face à l'irinotecan n'ont pas eu de traduction clinique dans cette étude.
(D'après le poster de M. Goldberg, ASCO GI 2012, abstract #448)
Docteur Benoist Chibaudel (Hôpital Saint-Antoine, Paris)