Que retenez-vous de cet ASCO GI 2012 ?Avant tout, les résultats positifs de l’étude de phase III avec le regorafenib dans le cancer colorectal métastatique.
Maintenant, il est important de savoir quelle est la signature des patients qui répondent.
Il serait également intéressant de disposer de données histologiques. J’espère que le laboratoire a constitué une collection de tissus afin de pouvoir réaliser une expression génomique. L’enjeu est là.
Je crois que nous entrons dans une nouvelle ère : celle des doublets de thérapeutiques ciblées.
Il existe une nouvelle science, un nouveau chapitre qui s’ouvre : celui de la résistance moléculaire. Il doit y avoir des mécanismes de résistance prédéfinis.
Cela soulève une autre question : si nous voyons apparaitre une résistance avec un agent ciblé, et que nous pouvons identifier cette résistance et la lever avec un autre agent ciblé, faudra-t-il ou non continuer le premier blocage?
Il existe quelques travaux in vitro qui iraient en faveur d’une poursuite du premier traitement. Mais nous n’en sommes qu’au début et cela signifie une remise en cause d’un certain nombre de concepts oncologiques où une drogue se substituait à une autre.
Il est vrai que dans l’estomac, je n’ai pas vu de nouveautés et nous sommes en retard. Ceci peut s’expliquer par le faible nombre de patients, une survie très courte et peu de tissus collectés. Ceci, contrairement aux cancers du sein, du colon et de la prostate où les patients vivent plus longtemps.
A l’EORTC, nous avons un projet de mise en place d’une plateforme moléculaire dans les cancers colorectaux visant à faciliter l’accès des patients aux essais thérapeutiques avec de nouvelles thérapeutiques ciblées. Mais nous savons qu’il sera plus facile pour nous de créer une telle structure dans des maladies avec une survie relativement longue même à un stade métastatique.
Le cancer de la prostate pourrait être une autre indication pouvant bénéficier d’une telle structure. En effet, il est possible de trier les malades pendant la période de réponse au traitement hormonal. Et depuis l’arrivée de nouvelles drogues comme le cabazitaxel ou l’abiraterone qui sont prescrites après le docétaxel, la durée médiane de survie est proche de 24 mois.
De prochains travaux devraient sortir rapidement dans le cancer hépatocellulaire. Mais cela reste une tumeur difficile à traiter en raison de la composante cirrhotique.
Propos recueillis par le Docteur Alain Herrera (Hôpital Antoine Béclère, Clamart)