Interview du Pr Marc YCHOU

Chef de service du département
d'Oncologie Médicale, CHU Montpellier
Directeur du cancéropôle Grand Sud Ouest

Ychou

Ce congrès de l'ASCO GI se termine. Quels sont les points qui vous ont particulièrement marqués.

Dans l'estomac, les 2 communications de Manish Shah ont été intéressantes.  La nouvelle notion de séparer les cancers gastriques en 3 catégories : les cancers de la jonction gastro oesophagienne et proximaux, les cancers distaux et les cancers à forme histologique diffuse ; avec un pronostic différent, des réponses aux traitements différentes et des profils moléculaires génétiques différents.
C'est une piste intéressante dans le cancer gastrique qui pourrait peut-être permettre de trouver des traitements spécifiques à ces 3 formes.

Mais l'étude la plus importante qui a été rapportée dans ce congrès est incontestablement l'étude CORRECT , étude de phase III avec le regorafenib, nouvelle molécule, très clairement positive dans le traitement du cancer colorectal en dernière ligne chez des patients déjà lourdement pré-traités.
On a là à l'évidence une nouvelle drogue active dans le cancer colorectal métastatique avec un profil de tolérance acceptable.

Petite déception en revanche sur les résultats de l'étude de phase III: Cetuximab +/- Brivanib chez des patients atteints d'un cancer colorectal métastatique KRAS sauvage, réfractaires à la chimiothérapie. On note des résultats intéressants en PFS mais une survie globale qui ne bouge pas, ce qui pourrait être due à une surtoxicité de la combinaison.
Une piste serait de sélectionner des patients à partir de biomarqueurs, ce qui nous manque aujourd'hui.

Pour le reste du congrès, on a vu très peu de nouveautés mais surtout des actualisations de résultats déjà communiqués.

 

Une des questions d'actualité du moment concerne les mécanismes de résistance et leurs conséquences sur les stratégies thérapeutiques. Quel est votre avis sur ce sujet?

C'est une question qui reste ouverte et qui va dépendre de la molécule, des mécanismes de résistance mis en jeu et des molécules qui peuvent réverser cette résistance.
On observe que le blocage  d'une voie de signalisation active une autre voie et entraine la mise en route de mécanismes complexes.
C'est un concept intéressant, mais qui a encore peu de conséquences en pratique clinique aujourd'hui.

A ce titre, on attend avec impatience les résultats de l'étude TML à l'ASCO : randomisation en 2ème ligne de chimiothérapie du maintien ou non de l'Avastin.

En synthèse, peu de changement des pratiques à part l'introduction du regorafenib.

Propos recueillis par le Docteur Alain Herrera (Hôpital Antoine Béclère, Clamart)